mercredi, 26 juillet 2017

La loi prostitution, et alors ?

Salut les p’tits loups !

Le 6 avril, le parlement a voté la loi de pénalisation des clients des prostitués ainsi que l’abrogation du délit de racolage.

Désormais, les prostitués auront le droit de racoler, mais il sera puni d’amende de répondre favorablement à la proposition commerciale.

Racolage

Et, voyez-vous, je suis comme Mr tout-le-monde, moi. ça me plait pas que des gens doivent se prostituer pour vivre, mais une loi, ça doit être rationnel.

je vais passer sur l’article (article 1er) qui prévoit l’obligation pour les fournisseurs d’accès à internet d’empêcher l’accès aux sites hébergés à l’étranger qui contreviennent à la loi française contre le proxénétisme et la traite des êtres humains, preuve s’il en fallait encore que nos gouvernants ne comprennent absolument rien au web, pour entrer tout de suite, si j’ose dire, dans le sujet qui nous occupe.

Donc, attaquons le sujet rationnellement :

 

Vendre et acheter

Pour commencer, il est assez inédit (arrêtez-moi si je me trompe) que la commercialisation soit autorisée, mais la consommation interdite. Et je dois bien avouer que c’est tout simplement hallucinant, non ?

En fait, personnellement, je suis plutôt favorable à la non-pénalisation du racolage, tout en respectant le bon usage des lieux publics. Ainsi, je pense que racoler devrait pouvoir être considéré comme une forme de publicité tant qu’on est pas dans l’attentat à la pudeur, par exemple.

Mais il faut être cohérent ! Si on peut communiquer sur la vente ou la location d’un bien, on ne peut en interdire l’usage ou la consommation !

Mais passons sur cette étrangeté et penchons nous sur les raisons de cette loi.

Ceci n'est pas un corps
Ceci n’est pas un corps

 

Elles n’ont pas le choix

Le flot de pathos a coulé pendant des semaines, des mois, … On s’est retrouvé dans un débat passionné avec des féministes trop heureuses d’accuser le peuple d’être un sale macho qui exploite les femmes.

A l’argument : des hommes aussi se prostituent, la réponse se faisait en chiffres. La majorité des travailleurs du sexe sont des femmes, et la majorité des clients sont des hommes. Du coup, les autres, ils ne comptent plus ?

Mais surtout : elles n’ont pas le choix !

Le choix est une véritable notion intéressante dans ce débat.

Déjà parce que des travailleurs du sexe se sont exprimés à ce sujet, et qu’ils prétendent, eux, avoir choisi leur métier.

fières d’être putes

Du coup, c’est quoi l’idée, vous savez mieux qu’eux s’ils ont choisi ou pas ? Ils sont trop faibles/stupides/… pour choisir ?

C’est tout à fait infantilisant, voire méprisant !

Et ça fixe une limite à la liberté sexuelle. (C’est pas la peine de huer, là-bas, dans le fond)

Parce que oui, avec cette loi, quelque chose de fondamentale change : avant, la loi condamnait la traite des êtres humains, l’esclavage, le proxénétisme, et laissait chacun faire ce qu’il voulait de ses fesses entre adultes consentants.

Cette loi a créé un nouveau statut, celui de victime de la prostitution. Puisqu’on sort du proxénétisme, on parle bien de la prostitution choisie, hein !

L’argument généralement utilisé dans ce cas est : on ne peut pas choisir de vendre son corps.

Je vous passe l’argument du “moi, j’ai connu une prostituée qui…”, ce ne sont pas des arguments, un cas ne fait pas généralité.

 

Mais allons un peu plus loin sur cet argument… On peut choisir ou pas ?

2 cas de figure possibles : soit ils ont le choix, soit ils ne l’ont pas.

S’ils l’ont, alors, c’est une question de liberté individuelle.

Qu’on s’entende bien, quand je dis que c’est une question de liberté individuelle, je ne dis pas qu’on a tous les droits sur sa propre vie ou sur son propre corps, je dis juste que le débat n’est plus le même, et qu’il doit donc inclure d’autres notions, comme celles du suicide assisté, de l’étendue de l’autorité d’un tuteur légal, ce genre de choses. Et surtout, la notion de liberté sexuelle.

S’ils ne l’ont pas, cela signifie que la prostitution est donc un dernier recours, la seule solution qu’ils ont trouvé, que s’ils avaient pu faire autrement, ils auraient fait autrement.

Et leur enlever la prostitution, c’est les priver de l’unique solution de survie qu’ils ont trouvé.

Nécessité faisant loi, je vous laisse imaginer ce qui va se passer. La prostitution sera un peu plus clandestine, un peu moins gérable, un peu plus dangereuse. Elle est pas belle la vie ?

Et encore une fois, je passe tout ce qui entre dans la rhétorique du genre :

prostitution

Parce qu’avec ce genre de sophisme, :

En quoi l’abolition du travail est impossible ?
l’argent est une contrainte
Travail contraint = esclavage
On pénalise un esclavagiste

Nan, nan, soyons sérieux…

 

Oui, mais il y a des réseaux

Oui, mais il y a des réseaux. Oui mais il y a la violence. Oui mais il y a l’envers du décor, l’horreur de la prostitution.

« La prostitution c’est avoir un rapport sexuel pour de l’argent, et ni avoir un rapport sexuel ni recevoir de l’argent n’est dégradant en soi, abusif, exploiteur ou nocif. Oui, il y a des femmes qui travaillent dans la prostitution qui sont forcées ou dépendantes de drogues ou sans domicile fixe ou dont le contexte a limité leurs choix – mais le problème est l’usage de la force, la dépendance aux drogues, le manque de choix, pas la prostitution en soi. »

Juliet, travailleuse du sexe

Prostitution shake-up : one sex worker’s view”, British Medical Journal, 2006, 332

Là, le soucis n’est plus la prostitution, mais bien l’exploitation de personne par d’autres. Et ça, c’est mal. Bon, ben il faudrait donc plutôt faire des lois qui interdisent le trafic d’êtres humains et le proxénétisme… #ohWait !

Parce que oui, ceux qui devraient le plus être touchés par cette mesure sont déjà dans l’illégalité, et donc dans la clandestinité.

Et c’est typique, ça ! On créé des lois, on ne parvient pas à les faire appliquer, alors on créé de nouvelles lois, plus dures que les anciennes. N’est-ce pas absurde ?

On fait un amalgame honteux entre les victimes des réseaux et les travailleurs du sexe. Et si on leur demandait leur avis ?

98% d’entre eux sont contre la pénalisation des clients !  (source)

En fait, au lieu de faire tout ce tapage clientéliste, ils auraient mieux fait d’améliorer l’encadrement de la sortie de la prostitution, par exemple, ou la gestion des prostitués en provenance de l’étranger en leur garantissant un permis de séjour…

Ah… On me dit dans l’oreillette que c’est le cas…

Body body ?
Body body ?
Les points positifs de cette loi

Parce que oui, il y a des points positifs à cette loi.

– L’article 2 qui prévoit la création d’instances chargée d’organiser et de coordonner l’action en faveur des victimes de la prostitution et de la traite des êtres humains.
– L’article 3 : Droit pour toute personne victime de la prostitution à bénéficier d’un système de protection et d’assistance. Mise en place d’un parcours de sortie de la prostitution.
– L’article 4 :La création d’un fonds pour la prévention de la prostitution et l’accompagnement social et professionnel des personnes prostituées.
– L’article 6 : délivrance d’une autorisation provisoire de séjour d’une durée de six mois pour les personnes étrangères engagées dans un parcours de sortie de la prostitution.
Et bien entendu :L’abrogation du délit de racolage.

Ils auraient dû s’en tenir à ça plutôt que de créer une usine à gaz… Mais c’est sûr, c’était moins sexy !

 

Quid des sites de cam et de la pornographie ?

Parce que je te vois, là, derrière ton écran, qui juge ton prochain.

Et là, tu te dis “M’en fous, c’est rien que des gros porcs ceux qui vont aux putes”

Et là, j’ai une étrange interrogation qui me vient.

Si la loi ne définit pas la prostitution de manière claire, la jurisprudence s’en charge en la définissant par le fait de
“se prêter moyennant une rémunération à des contacts physiques (…) afin de satisfaire les besoins sexuels d’autrui.”

Oh le vilain mot…

Le Larousse décidera quant à lui que la prostitution, c’est un
Acte par lequel une personne consent habituellement à pratiquer des rapports sexuels avec un nombre indéterminé d’autres personnes moyennant rémunération.”

Pratiquer des rapports sexuels contre de la thune, ça ne vous rappelle rien ?

Si la prostitution n’est plus une “activité économique indépendante”, il va falloir se pencher sur ce qui fait de la prostitution quelque chose d’impossible, de non “consentant”.

Si on ne peut décemment “louer son corps pour des rapports sexuels”, il va bien falloir m’expliquer un jour ce qu’est le métier d’acteur porno. Et qu’on ne vienne pas me dire que “c’est pas pareil, ils jouent la comédie”, parce que merde, soit c’est le cas des prostitués également, soit ce n’est le cas pour personne. Ce sont bien des rapports sexuels rémunérés, nom d’une pipe (!!)

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Et par capillarité, si on se pose la question des acteurs porno, quid des camgirls, du porno amateur, etc

 

Et quid de l’assistance sexuelle ?

Parce que oui, à l’heure où le débat sur les assistants sexuels se relance tous les ans, on va se marrer lorsque les abolitionnistes devront dialoguer avec les défenseurs du droit à la sexualité chez les personnes en situation de handicap !

 

En conclusion ? Je dirais que cette loi est mal montée, mal réfléchie, méprisante, stupide… Clientéliste, en somme.

Elle est là pour faire frémir du féministe, en mode “hé, ouais, les femmes sont victimes des gros porcs d’hommes depuis 2000 ans”

C’est dommage, parce qu’au fond, il y a vraiment des êtres humains qui comptent sur nous derrière tout ça.
Au lieu de se faire mousser sur leur dos, on devrait peut-être penser à leurs intérêts et au bien commun, non ?

 

Des liens utiles pour aller plus loin dans la réflexion :

 

 

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5 Comments

  • Salut Maël,

    Autant je trouve cette loi tres mal faite autant je trouve que ceux qui vont aux putes ont quand même un problème à régler quelques parts…
    A la base faire l Amour ca doit aller dans les 2 sens et il est évident que pour une bonne majorité de pute ce n est pas le cas…
    A mon avis soit tu interdis tout, soit tu encadres comme aux pays bas, mais pas une loi bidon comme celle la.

    • Je suis tout à fait d’accord mais ici en France, on fait jamais les choses comme il ce doit ou du moins nos politiques. A s’intéresser à ce sujet comme ça d’un jour à l’autre… je sais pas d’où ça vient? au reveil peut-être après une soirée arrosée.
  • Je suis consterné par cette loi. Alors oui, le racolage pouvait être nuisible, notamment si des enfants assistaient à ça, mais maintenant pénaliser le client…

    Je pense de toute façon que la prostitution “à la sauvette” n’existera plus dans quelques années, et que tout le monde se “trouvera” via internet. En Allemagne, il existe une application qui met en relation prostitués et clients. Elle n’est pas disponible en France bien sûr (et ne risque pas de l’être, car cela s’apparenterait à du proxénétisme).
    C’est dommage, on devrait pouvoir faire ce que l’on veut entre adultes consentants et responsables…

  • C’est un débat passionné dans lequel les propos vont parfois jusqu’à se caricaturer eux-mêmes pour essayer d’avoir de l’impact. Au final, aucun des camps n’en sort gagnant.

    La loi mérite largement d’être améliorée, mais elle apporte ce bénéfice de poser le problème de manière plus distante pour ne pas tomber dans les amalgames faciles du type “prostitution = viol” ou “prostitution = choix”.

  • C est foireux leur loi, ils devraient surtout se donner des vrais moyens de combattre les reseaux ou là effectivement la prostitution est contrainte à 100%. C est le proxenetisme le pire.

    Enfin, en tant que mec, je pense quand même que c est bien la loose les gars qui vont aux putes quand même lol. Même pas foutu de “baiser” d’une autre manière, je trouve que ca craint!

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